Eh oui, c’est déjà la seconde édition du MDA (Mot Des Achats) où je laisse la parole à nos amis Buyers !

Vous pouvez d’ailleurs retrouver cette première partie ici : https://www.thebuyerslab.com/le-mot-des-achats-1/

C’est un excellent exercice d’une part pour prendre du plaisir à écrire mais aussi pour partager sa passion aux yeux des autres acheteurs et pourquoi pas, aux Moldus des achats.

Sans plus attendre, voici nos cinq écrivains de ce mois de Mai, sans retouche et sans censure !

Bonne lecture les Buyers !

Le mot de Nadège Brochard

Dis, c’est quoi un bon acheteur ?

Arrivée aux achats suite à une reconversion, il m’est arrivé et il m’arrive encore de me poser cette question. On construit sa vision du métier avec les professeurs et les directeurs Achats qu’on va côtoyer. L’acheteur a une mission transverse donc notre travail est évalué par plusieurs personnes directement ou indirectement.

Qui va pouvoir dire que vous êtes un bon acheteur ou pas ?!

  • Notre manager : celui qui définit nos objectifs, nous évalue tous les ans et qui doit définir la stratégie du service en principe liée à celle de l’entreprise. Bien évidemment cette évaluation est partiale, et faite d’affinités plus ou moins réciproques. Pour certains, vous serez un caillou dans une chaussure, pour d’autres un atout ou simplement un équipier fiable.
  • Nos clients internes: ceux avec qui on travaille tous les jours, les prescripteurs, les rédacteurs de cahiers des charges plus ou moins complets et passeurs de demandes d’achats. Notre capacité à être des facilitateurs ou des empêcheurs de tourner en rond sera notre plus grand défi et définira les relations que nous aurons avec eux et la confiance qu’ils nous accorderont.
  • L’entreprise : les autres services dont la finance, qui vient vérifier que vos résultats se retrouvent bien dans le bilan et que vous « rapportez » à l’entreprise. Selon sa stratégie, vos résultats ne seront pas considérés de la même manière, cost-killing ou créateur de valeur ? telle est la question !
  • Vos fournisseurs: le pendant de vos clients internes, les clients externes qu’il faut gérer mais qui n’ont pas forcément décidé de ramer dans votre sens. En des temps troublés, la relation avec vos fournisseurs pourra vous faire vaciller si vous n’êtes pas leur client préféré.
  • Vous-même: votre pire ennemi c’est vous ! on est toujours plus dur envers soi-même qu’envers les autres. Se connaître sera votre meilleur allié pour gérer vos évaluateurs et devenir un as du yoga des achats à la fois souple, agile et sachant résister à la pression.

Qui a raison ? Vous ! Vous ne pouvez pas travailler en pensant que vous faites mal votre boulot et vous pouvez travailler sur vous, toutefois un environnement délétère ou qui ne vous convient pas vous pèsera et entamera votre estime.  Dans ce cas, il faut bouger, une autre place ailleurs…

Alors c’est quoi un bon acheteur ? C’est une alchimie… Comme disait Einstein : « Tout le monde est un génie. Mais si vous jugez un poisson sur ses capacités à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »

Le mot de Magalie Brasquies

Les achats vaste sujet !

On m’aurait dit tu seras acheteuse quand tu seras grande j’aurais répondu : « hein quoi ?!!!! » !!

Quand on me demande, en quoi consiste mon travail, je réponds toujours la même chose : Approvisionner en temps et heure les chantiers avec le meilleur rapport qualité/prix/délai.

Mais les achats c’est tellement plus complexe que ce que peuvent s’imaginer les gens. Car ce n’est pas juste appuyer sur un bouton pour envoyer une commande. (et passer sa journée à dépenser l’argent du patron !!! )

Je me suis surprise à me rendre compte qu’être acheteuse demande beaucoup de psychologie ; sachant que je n’ai aucune formation dans le domaine, hors mis mais 9 ans d’expérience.

Faut savoir être à l’écoute de tous, aussi bien la direction qui veut toujours de meilleurs prix et délai ; les clients internes qui malgré une DA imprécise souhaite le meilleur produit ; le fournisseur avec qui il faut négocier au mieux pour que chacun y trouve son compte, pour devenir ou rester des partenaires de confiance, et enfin, n’oublions pas les ouvriers, qui remontent les informations sur la qualité des produits et leur plus ou moins bonne praticité ou qualité.

A mon niveau le plus difficile étant la négociation et le face à face avec les fournisseurs.

Il y a encore tant de chose à dire mais voici déjà un aperçu de mon angle de vue !

Le mot de Steven Blais

Bonjour, moi c’est Steven et je vais vous parler de ma découverte du métier d’Acheteur.

Pour commencer je ne connaissais pas du tout l’existence du métier d’acheteur.

À vrai dire, je l’ai découvert totalement par hasard. À l’époque je travaillais dans le secteur du transport. J’étais agent d’exploitation, je manageais 80 conducteurs routiers et un jour alors que je négociais le prix d’un carburant avec l’un de nos fournisseurs, ce dernier me demande si je suis l’acheteur de la société. Je lui réponds que non et que je n’ai jamais entendu parler de ce métier. Après une brève explication, je commence à me renseigner sur ce métier.

Suite à un burn out, je quitte mon emploi.

Entre temps, je commençais à bien me lasser de mon métier et notamment car je ne suis pas un adepte de la routine et que je suis toujours à la recherche de nouveaux challenges. Et là ce fut le déclic, et vous savez ce qu’on dit, le hasard fait bien les choses. Je me suis dit c’est maintenant ou jamais, je suis donc retourné sur le banc de l’école.

Cela fait bientôt 2 ans que je suis en alternance dans le domaine des achats, que je suis ma deuxième année de master et je ne regrette pas choix.

J’ai découvert un métier pour lequel on ne s’ennuie jamais, où le contact humain est primordial, où l’on se doit développer tous les jours de nouvelles compétences et un métier en perpétuelle évolution. Pour vous dire, ça en devient même une passion !

Et en plus je me suis découvert une nouvelle famille, les achats.

Le mot de Mohamed Ezzerrouqi

Les achats dans une organisation désorganisée.

Je pense que ce sujet risque d’évoquer beaucoup d’anecdotes aux acheteurs.

  • Qui n’a jamais eu affaire à une consultation/AO en mode projet où l’on demande à l’acheteur d’être le chef de projet / le prescripteur et bien évidemment l’acheteur ?
  • Qui n’a jamais connu ce manque d’intérêt par la direction pour le travail accompli par la fonction achat ?
  • Ou encore, un absentéisme remarquable du management ?

Nous avons tous vécu une situation de ce type dans nos fonctions. Imaginez ces problématiques récurrentes avec une organisation interne anarchique où l’organisation n’est pas clairement définie.

Dans ce contexte de travail particulier, la meilleure des positions à adopter est la façon de tirer le meilleur parti de la situation. Ce n’est pas chose aisée car vous aurez affaire à des collaborateurs mal intentionnés qui pensent qu’on leurs « vole » leurs missions et qui vous mettront des bâtons dans les roues jusqu’au dernier moment (Désignation du fournisseur ou sous-traitant).

Vous aurez une direction qui ne voudra jamais prendre aucune décision car les circuits de validation sont non existants et que la politique macro est le mot d’ordre. Un manager aux abonnés absents, non organisé qui vous demandera de revoir tout votre travail parce que votre stratégie ne lui convient pas ou que le sujet n’est plus la priorité après 2 mois de travail.

Le bon côté de ce type d’organisation (il y en a quand même un) est que c’est formateur. Le management inexistant vous permettra d’asseoir un leadership naturel ou alors d’apprendre sur le tas à acquérir de l’expérience en autonomie, en responsabilités et relations internes. Le manque de procédure interne peut être l’occasion de proposer une méthodologie (mode opératoire) ou instaurer une routine projet et avec le temps devenir la règle (Corporate hacking).

Certes, il y a pas mal d’avantages et d’inconvénients à travailler dans un contexte comme celui-ci mais ce qui fera la différence pour réussir sur ce terrain glissant. Ce sera les fameux « soft skills » dont on parle de plus en plus et un trait de personnalité des plus importants : une patience à toute épreuve.

Le mot d’Olivier Penning

QUID DU COVID ?

Cette crise disruptive a remis en question les paradigmes existants.

Le questionnement classique des achats « Make or Buy » est toujours plus d’actualité !

À cela s’ajoute l’insuffisance des contrats d’achats ou le « risque pandémie » qui n’est pas un cas de force majeure, est occulté.

Jusque-là, la dépendance économique d’un pays au contraire de celle d’une entreprise, était un critère faible de sélection des fournisseurs.

La criticité du pays doit être réévaluée quant aux considérations géopolitiques en jeu.

Surtout, quand on parle d’un pays comme la Chine, qui déjà se livre à une guerre économique contre les Etats Unis depuis un an et qui de surcroit, n’offre pas toutes les garanties de transparence de l’information, mais qui en revanche abuse des nouvelles technologies avec ses citoyens, pour savoir tout et sur tout à leur sujet.

Et nous acheteur, pour nous il est temps de remettre en cause les logiques pures de « localisation » ou de « délocalisation ».

L’heure est au « sociétalement acceptable et durable » alors j’ajouterai à cela le « made in France First ».

Cela donnerait le « géopolitiquement durable » donc ?

Surtout quand il s’agit de produits stratégiques et que la santé publique est en jeu.

Depuis l’épisode H1N1 de 2010, il n’y a pas eu de révision de la politique des stocks et fournitures de masques chirurgicaux. N’était-ce pas aux acheteurs publics de se manifester pour « bousculer » ce postulat assez largement daté.

La veille, dont tout acheteur doit être le chef de file, est synonyme d’un devoir de vigilance et d’alerte la mise en place d’indicateurs de clignotants plus « sensibles » aux « géopolitiques » serait une bonne pratique.

C’est de là, que provient la fragilité de notre système de santé révélée, exposé qu’il est au risque de non-fourniture d’équipements médicaux de bases.

La gestion du risque, en particulier la prévention et l’anticipation, doivent être encore plus de mise dans notre esprit.

Heureusement dans mon activité la crise Covid 19, n’a eu que peu d’impact étant moi-même acheteur en prestations intellectuelles spécialisées en IT et tout dernièrement la blockchain.

La blockchain justement ! Cette technologie dont tout le monde parle, pourrait résoudre bien des problématiques rencontrées pendant cette crise.

Amusant non ? Une technologie disruptive au service de tous et qui contourne une crise elle-même disruptive.

Mais ça, vous pourrez très prochainement le lire dans mon nouvel article sur cette « sacrée blockchain » …

Mot de la fin

C’est vraiment génial de pouvoir ressentir la passion dans ces cinq retours.

J’espère que tous ces témoignages vous toucheront directement au cœur et aux tripes et que cela vous donnera envie de partager votre ressenti par rapport à la fonction.

Prenez soin de vous et au plaisir de vous lire dans le prochain MDA !

May the Buyer’s force be with you.

Quentin MIRABLON

About Quentin MIRABLON

Quentin est un électron libre, agile, créatif et passionné qui aime apprendre et visiter toutes les facettes de la fonction achats. Après une thèse sur le leadership en achats en 2017, il multiplie les expériences dans de grandes entreprises européennes. En 2018, il décide de créer The Buyer's Lab, un cabinet de conseils et coaching achats qui accompagne les entreprises de toutes tailles pour améliorer leur performance achat.

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